Julie Fontaine et co-autrice de cet article publié sur notre blog Octo Technology.
Il faut d’abord comprendre comment le monde évolue, comment les utilisateurs évoluent. Ici, il faut appréhender les nouvelles disruptions pour mieux les anticiper. On fait de la prospective. On se projette dans le futur pour mieux l’appréhender.
L’objectif sera donc de construire des scénarios futuristes, qualifier ces évolutions et comprendre ce qui est important pour l’entreprise (en les positionnant dans le temps).
Enfin, il faut sensibiliser les équipes internes, en particulier les décideurs. La fonction d’évangéliste ou storyteller est essentielle pour réussir. Il y a une nécessité à la diffuser. A la manière d’un film de science-fiction qui va explorer un futur, jouer avec les paradoxes, les limites, il va également éduquer le public en lui permettant de se projeter dans un futur. En effet, il faut évangéliser en interne et externe pour préparer les esprits. C’est d’ailleurs ce que font les GAFA en mettant en scène leur idées (video de Space X, Boring, Facebook et la VR).
L’impact visé étant d’inspirer le décideurs, le KPI pourrait ainsi être l’évaluation qualitative par les décideurs de la qualité “inspirante” des notes de prospectives sur un champs d’exploration et son degré d’exploration.
Dans ce scénario d’investissement, on veut créer du business, identifier les relais de croissance, valider des concepts et les faire grandir. Ici, c’est l’exécution qui est importante. Il faut apporter de la méthodologie pour dérisquer les idées et les faire grandir. On va se focaliser sur les méthodes d’innovation (Design thinking, Lean Start-up, Agile…). Il faut créer de l’urgence et coacher les équipes pour qu’elles maintiennent le rythme. En revanche, ce ROI est complexe à appréhender car l’échelle des chiffres est petite. Un nouveau business va générer au mieux quelques centaines des milliers de CA ce qui n’est pas l’échelle habituelle d’une entreprise développée ou d’un groupe qui parle en millions, centaines de millions ou milliards. Par ailleurs, si aujourd’hui, les méthodes d’idéation et de prototype (phase de start-up) sont plus ou moins maitrisées, il y a un manque d’expertise sur la phase de Scale-up, cette étape de mise à l’échelle (passer de 100 clients à 1000 clients). Si l’entreprise mère va être un véritable levier pour atteindre de nouveaux clients, les réflexes de la société peuvent porter préjudice (volonté d’optimisation des coûts, maximisation de la rentabilité, planification à l’extrême, …). Or ces réflexes peuvent tuer la croissance.
L’objectif de l’étape du scale**-up est de prendre une part de marché.**
L’optimisation et la maximisation de la rentabilité se feront en fin de phase. C’est la recette du succès des géants du web. L’impact visé étant de prendre le marché, on utilisera les mêmes KPI qu’une start-up : taux de croissance mensuel, taux de rétention (fidélisation), taux de transformation (monétisation), potentiel du marché.
Le ROI de communication est souvent attendu.
L’objectif est de gagner en visibilité/notoriété, on va utiliser la démarche d’innovation comme un outil de communication pour faire venir des clients ou des talents.
La démarche, créative, moderne, mis en scène va montrer la capacité de l’entreprise à innover et à maîtriser les nouvelles technologies et les nouveaux usages. La démarche d’innovation est aussi souvent parfois utilisée pour améliorer l’image de l’entreprise. Sa seule existence est son objectif et ses résultats importent finalement peu, du moment que de « belles histoires » peuvent être racontées, en interne ou en externe au groupe.
Ce type de ROI aura également des conséquences positives sur la marque employeur. En effet, aujourd’hui, les entreprises sont en compétition pour faire venir les meilleurs talents dans leur entreprise et les garder. Communiquer une image innovante, ouverte sur le monde qui change favorise le recrutement.
Le KPI pourrait être par sondage le pourcentage de notoriété dans l’écosystème, et l’indice de perception d’image innovante, auprès des clients, prospects et candidats potentiels.
Ici, on recherche un retour sur investissement purement financier. Soit il s’agit d’optimiser l’efficience des process actuels donc les marges opérationnelles par des innovations (par exemple la dématérialisation de process, l’industrie X.O, blockchain privées, …).
Dans ce cas le KPI est directement le gain de marge opérationnelle (ventes additionnelles et/ou réduction de coûts). Soit il s’agit de gérer un portefeuille d’investissements innovants à l’instar des Venture Capitalist : c’est le mouvement des Corporate Ventures, on agira donc par prise de participation dans des projets à fort potentiel. Il faudra donc sourcer, identifier les projets prometteurs dans des secteurs porteurs.
L’objectif est de trouver des projets qui auront des potentiels de revente à terme.
C’est un métier de financier et la stratégie sera une stratégie d’investissement financier. On investit 100 pour récupérer 200 dans 5 ans.
Le KPI pourrait être la valorisation du portefeuille, le TRI (Taux de Rentabilité Interne) et le nombre d’exits.
Le bénéfice de l’innovation peut aussi être de réduire les risques sur différents domaines.
Dans le domaine du patrimoine informatique, l’investissement dans une nouvelle infrastructure technique plus robuste et scalable prévient des risques majeurs de perte d’activités en cas de panne. Dans le domaine juridique, une innovation comme la blockchain peut réduire des risques de contentieux. D’un point de vue stratégique, une innovation sur un nouveau marché apporte aussi une diversification qui réduit les risques de dépendances à un produit “vache à lait”. C’est ce qu’a fait Google avec son laboratoire Google X.
L’impact est intangible tant que le risque n’est pas avéré. Aussi le KPI est difficile à évaluer, il peut être une valorisation du risque évité pondéré par la probabilité, ou le coût évité d’assurance-risque.
Dans le cadre d’un ROI de transformation culturelle, l’innovation sera un lieu au service de l’apprentissage et du test. A l’instar de Google qui l’a popularisée, de nombreuses entreprises se mettent aujourd’hui à la pratique dite du « temps libre ».
Selon son ancienne vice-présidente, Marissa Mayer, la moitié des services lancés par Google sont le fruit de l’« Innovation Time Off ».
Chez Alcatel, le principe d’« Open hours » permet aux salariés de se rendre dans la démarche lorsqu’ils le désirent.
L’objectif est de favoriser l’essaimage massif et efficace.
Il faut s’orienter vers une logique de transformation digitale et diffuser les nouvelles façons de travailler et les nouvelles méthodologies. Il faut contaminer les personnes au virus de l’innovation, casser les silos, toucher les collaborateurs, faire émerger davantage